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Les canyons glaciaires de l’extrême Ep.3

Suite et fin des aventures canyoning suisses

Publié par : Fanny - le 28 décembre 2018

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Suite et fin des aventures de notre Chulli spécialiste du canyoning dans les Alpes Suisses. Le dernier canyon de son week end fut Trümmelbach V. V5a5V. Bonne lecture !

"En magasin, lorsque j’ai ma casquette de conseiller technique verticalité, on me demande souvent à quoi correspondent ces chiffres et ces lettres après les noms des canyons comme: Gamchi v6a5V et Trümmelbach V5a5V.
Il existe un classement des canyons selon plusieurs critères.

  • La lettre v suivie d’1 chiffre arabe de 1 à 7 pour la difficulté dans le caractère vertical
  • La lettre a suivie d’1 chiffre arabe de 1 à 7 pour la difficulté dans le caractère aquatique
  • 1 chiffre romain pour l'engagement et l’envergure : De I à VI

Il est dimanche 25 novembre, il est 7h du matin, on se lève tout doucement. Davy est fatigué de la vieille et ne désire pas enchaîner avec l’autre canyon. Je pense qu’il est important d’écouter son corps. Il restera se reposer dans la voiture pendant que l’on réalise le canyon.

On roule en direction du village de Lauterbrunnen pour atteindre le parking des cascades de Trümmelbach. Il est important de savoir que l’on ne peut réaliser cette descente sans l’accord du propriétaire (joignable par téléphone au 00 41 33 855 32 32). Il nous autorisera à réaliser le canyon que le dimanche en nous expliquant que c’est très risqué car le bassin versant regroupe trois glaciers de trois gros sommets : Eiger 3970m, Mönch 4107m et le Junfrau 4158m. Il y a des crues courantes, des effondrements, des chutes de pierre, des poches d’eau qui lâchent, la fonte de la neige qui augmente considérablement le débit. Il faut savoir que ce canyon est réalisable que si le débit est entre 20 et 150l/s. L’engagement est extrême, une fois rentré dans le canyon, il est impossible d’en sortir.

On s’équipe et commençons la marche d’approche. Je profite que Davy ne vient pas pour lui prendre sa combinaison étanche. La marche est bien plus agréable que Gamchi dans le sens ou il s’agit d’une marche en foret sur un sentier balisé utilisable par les randonneurs en été. Celui-ci est interdit en hiver car les marches taillées dans la roche se trouvent glacées. On imagine bien la difficulté à passer sereinement. On emportera les crampons pour rien cette fois ci, mais comme disait Georges Livanos : « Vaut mieux un piton de plus qu’un homme de moins, surtout si cet homme c’est moi. »

Nous arrivons avec Paul et Jessica au départ du canyon à 10h. Nous passons sur cette passerelle qui domine le canyon où il est indiqué : « Passez rapidement, risque de crues majeures ». On découvre une faille de 60m de haut à peine large de 5 mètres comme un cou de sabre dans ce calcaire noir.

Dès la première cascade arrosée, on sent l’engagement sur nos épaules. L’encaissement est si important que le canyon est obscur. Nous ne sommes pas sous un glacier, mais entre deux parois extrêmement resserrées. Ces parois sont tellement serrées que la lumière n’arrive plus à rentrer dans le canyon. On voit les impacts de roche sur les parois lisses de toute aspérité.
De part les parois lisses, on devine facilement le débit monstrueux qui doit y avoir en été, environ 20 000 Litres d’eau à la seconde. Trümmel veut dire Tambour en français. Des touristes qui se promènent sur les passerelles au dessus de la fin du canyon, en y accédant à l’aide d’un train souterrain et des cheminements extraordinaires, ressentent ces vibrations du aux débits monstrueux. Le Trümmelbach figure sur l'inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d'importance nationale (IFP), il fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO.

On enchaîne quelques rappels techniques avec des amas d’arbres aux pieds des cascades. Il faut constamment vérifier les amarrages, s’il n’y a pas d’obstacles au milieu du rappel ou encore si l’accès au débord n’est pas trop dangereux. On arrive à un petit toggoban qui nous amène sur une vasque suspendue, au dessus d’un rappel de 55 mètres. Ce rappel est très impressionnant car on ne voit pas le fond, on entre dans une obscurité totale, la lampe frontale est obligatoire évidement. Paul pose le relais et je m’engage avec la corde de 60m et la pochette d’équipement. Il me dit de regarder bien en rive droite ou rive gauche car on devrait trouver un relais confort avec des bipoints. Me voilà en train de descendre les 20m de corde installé plein gaz sous une bonne douche et chercher un relais sur les parois noires avec la frontale.

Arrive le nœud au bout de la corde qui vient se mettre dans ma main, je suis au bout. Je siffle 3 fois pour prévenir Paul de me débrayer afin que je puisse descendre car je ne trouve pas le relais. Je fais des va et vient à travers la veine d’eau afin de mieux voir les parois et trouver ce fichu relais… Il me descend encore de 20m, et je me rends compte qu’il n’y aura pas de relais et que je dois me débrouiller seul. Je vois une toute petite niche en rive gauche à l’abri de l’eau. Je siffle à Paul de continuer de me débrayer et me met à l’abri dans cette petite niche. Victoire, je trouve un point. Je me pose dans cette niche et regarde l’amarrage qui est au final totalement pourri et qui ne tient pas dans la roche… Je ne réfléchi même pas et je sors ma trousse à spit pour poser un nouveau point béton. Je siffle aux autres pour leur dire que tout va bien et qu’ils peuvent me rejoindre. Une fois le relais triangulé (relié des points pour réaliser un relais propre), on rappelle la corde et enchaîne le rappel.

Je descends le premier au fond de cette vasque et là, je suis désorienté. Le cœur bat fort à cause du stress du rappel précédent, de l’engagement, et surtout qu’à cet endroit, on ne voit rien et on dirait qu’il y a deux passages possibles. Je me rapproche de la roche à tâtons et essaye de trouver la sortie. Puis je me calme et regarde mieux autour de moi, je vois au loin un encaissement plus noir que le reste. Je vais voir et trouve une cascade de 10m avec un amarrage haut. Parfait, ça continue bien pas là.
On enchaîne tranquillement le canyon avec des fractures dans la roche, des formes extraordinaires, des couleurs uniques. Il y a des rappels très arrosés où il faut gérer le débit et les frottements. Les resserrements ne s’arrêtent pas et ça continue. Les rappels sont majestueux et on ressent grâce à ces formes et ces couleurs toute la puissance des glaciers au dessus de nous.

On avance bien, je ravale la corde et l’enkitte dans le sac et je rejoins mes 2 coéquipiers. Et la, je les vois en contre bas, dans une vasque, me font des grands signes de ne pas avancer. On dirait qu’ils sont bloqués. Ils ont désescaladé le mini couloir en pensant que l’amarrage était plus loin du rappel. En fait, j’étais juste à coté de l’amarrage qui était au plafond et duquel on devait partir pour faire une main courante. Je leur envoie la corde qui leur permet de se mettre en sécurité et attraper le relais en toute sécurité.

Nous sommes plus fatigués qu’hier et avec une équipe réduite. On continue et on voit que le canyon s’ouvre légèrement. On pense qu’il reste que 2/3 rappels. On a vu juste. Peut être sommes nous euphoriques et relâchons notre attention. Trummel va nous le rappeler, nous ne sommes pas sortis, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Nous voici au sommet d’un rappel dont on ne voit pas le bas.

Je pars en premier voir si tout est ok, je siffle 2 coups et termine sans soucis le rappel. Je vois du bas la fin de l’étroiture deux rappels plus bas. Un beau soulagement.
Jessica me rejoint et va équiper le rappel suivant. Paul descend nous rejoindre quand tout à coup, il s’arrête à 3m du sol. On voit que la corde de rappel est attachée à son sac et qu’il est tiré vers le haut. Il n’a pas assez de corde pour la rappeler. Il est en plein actif et pendouille comme un saucisson. En gardant son sang froid, il se bloque sur la corde de descente et installe son CROLL sur la corde de rappel afin de tirer. Le voilà en bas, avec la corde qui descend. Tout va bien. On termine le canyon en quelques minutes et sortons à 14h30 au soleil.

Quel bonheur !

On rejoint Davy sur le parking qui se reposait et décidons d’aller voir la face Nord de l’Eiger qui est a quelques pas de là. Elle est majestueuse, grande et très froide de par ses couleurs qui contraste avec ce soleil chaud et ce ciel bleu. On en profite pour manger rapidement et prendre la route, il est 17h.
On roulera jusqu’à Nice, il est 2h du matin. On est épuisé. On va pouvoir rentrer chez nous pour dormir quelques heures.

6h30 du mat ! le réveil qui sonne après seulement 4h de sommeil. Il est difficile de dormir juste après ce genre d’expédition. Le stress, les images dans la tête, l’engagement, ça tourne en boucle dans la tête. Puis on s’écroule….

Le quotidien reprend, tout juste le temps de dire au revoir à la petite famille qu’il faut déjà reprendre la route pour St Bauzille de Putois au dessus de Montpellier.
J’arrive à 11h dans la salle de cours où tout le monde est assis, au chaud. Mon corps est ici mais mon esprit est encore la haut. Je réalise à peine ce qu’il s’est passé durant ce week end.

Quelle aventure !

Ne reste plus qu’à se reposer, se ressourcer, s’hydrater, se relaxer et à rêver des prochaines projets.
Peut être retournerons nous au paradis de la glace en Norvège bientôt avec crampons et piolets ?!"

Merci à Murray pour son récit à ses amis canyoneurs : Paul Ruchier-Berquet, Jessica Pinois, Davy Fabiani. Vous aussi vous vivez des aventures sportives ? Partagez-les avec nous en nous envoyant vos récits que nous publierons sur le Blog des Chullis ! Une adresse pour envoyer vos textes communication@chullanka.com

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