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Le Blog des Chullis

Les Chullis, une bande de passionnés

Les canyons glaciaires de l'extrême Ep.2

Murray nous raconte la suite de sa descente de Gamchi

Publié par : Fanny - le 26 décembre 2018

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Suite des aventures de notre Chulli, Murray, et de ses amis dans les canyons les plus durs d'Europe, dans les Alpes Bernoises. Episode 1 en lecture ici.

"Nous sommes entraînés, expérimentés et bien équipés. Mais malgré cela, il faut rester humble et bien tout vérifier deux fois :

Préparation technique :

  • Les cartes IGN Suisse, GPS et routières
  • La logistique (voiture, logement, nourriture)
  • Les topos (site Internet et livre local)

Préparation physique :

  • Entraînement canyoning et spéléologie en métropole
  • Entraînement physique quotidien
  • Entraînement aux gros débits

Préparation du matériel :

  • Cordes semi statiques. Pour ce projet, nous avons pris beaucoup de corde. Pour ma part, je partais avec une corde de 60m en 10mm de chez BEAL. C’est une corde test que Beal nous a fourni afin de réaliser un retour avant commercialisation. Comme toujours, notre partenaire BEAL a su répondre présent et nous avons pu tester du matériel haut de gamme dans des conditions difficiles.
  • Sac à dos (AQUA 42 de chez CHULLANKA, un prototype testé en conditions extrêmes)
  • Baudriers (CANYON de chez PETZL, IGUAZU II de chez EDELRID, harnais canyon AVENTURE VERTICALE )
  • Descendeur (PIRANA de chez PETZL, HUIT de chez BEAL)
  • Longe double réglable (DUAL CONNECT ADJUST de chez PETZL, DYNADOUBLE CLIP de chez BEAL )
  • Matériel de remontée sur corde (CROLL et BASIC de chez PETZL)
  • Chaussures canyons (HYDROPRO de chez ADIDAS )
  • Casques (ELIOS et METEOR de chez PETZL)
  • Combinaisons humides, semi humides et étanches. ( toutes marques )
  • Mousquetons

Malgré le grand froid et la glace omniprésente, et au vu du débit plutôt modeste, on pose la corde de 60m et allons débuter la descente. Le premier à installer la corde est Paul. Il pose une main courante descendante pour accéder au relais suspendu de 60m au dessus du gouffre. On pense que cette technique va nous permettre de descendre hors d’eau. Davy le rejoint et entame la descente. Il est équipé d’une corde supplémentaire et du matériel de rééquipement si besoin. Il descend lentement avec beaucoup de frein, nous comprendrons vite que la corde est gelé et qu’il est difficile de freiner. Il disparaît dans le noir, sous les embruns, nous n’entendons pas de sifflet, la corde devient molle. Le temps parait s’arrêter, on attend d’avoir un signe de vie qui tarde à venir. Rien.
Pour paraphraser un grand aventurier : « Contrairement au dicton, le temps n’est pas de l’argent, c’est la vie même. Dans la vie quotidienne, on se laisse épuiser par le nombre de choses qu’on croit devoir faire… ou qu’on pourrait faire. Quand on prend son temps, quand on limite le nombre d’option au maximum, on goûte pleinement à l’existence ».

On décide de le rejoindre. Que faire d’autre ? Jessica se lance et le rejoint en bas. Pareil, aucun signe de vie. Je rejoins Paul sur le relais suspendu et décide d’y aller à mon tour. On verra bien ce qu’il y a en bas. Je descends doucement sur ce grand rappel de 60m en regardant où l’on va.

On ne voit pas le fond, le bruit résonne de partout, les embruns cachent le fond. D’un coup, je touche le sol, balayé par l’eau et ces embruns glacials, le visage fouetté par l’eau. J’entends un bruit au loin. En fait Jessica me crie dessus à 3m, et de venir la rejoindre. Je ne vois pas Davy. Elle me dit qu’il est parti voir la prochaine cascade. Je lui dis que je reste là à l’abri et que j’attends Paul pour l’aider à enkiter. Je sais qu’il a perdu beaucoup d’énergie dans ce rappel.
Il est difficile de décrire ce que l’on ressent à ce moment présent. Un mélange de joie, de peur, d’oppression de ces parois noires, de l’angoisse de la suite. On sait qu’il n’y a qu’une seule sortie et elle se trouve dans cet obscuros gelé qui se dessine devant nos frontales. Il fait un froid glacial, la nuit est totale, le souffle gelé des embruns présents. On apprend à aimer les choses difficiles.

Paul descend à son tour et me rejoint, épuisé. Il n’arrive pas à tirer la corde de rappel. Il a perdu trop d’énergie. Cet homme qui normalement est un "surhumain". Lui qui m’avait amené au sommet du Cervin 4478m il y a quelques années. Lui qui a fait l’ultra trail du Mont Blanc, UTMB. Il faut dire qu’on est beaucoup habillé et que chaque mouvement est difficile. Il a bataillé au relais afin de trianguler les points avec sa corde sur le dos. Une lutte qui durera 45 minutes entre son arrivée au relais et le moment où il touche le sol. Ni une ni deux, je me mets au travail. Je tire sur la corde qui a du mal à venir et enkite la corde. Il est assis sur le rocher, en train de récupérer. Une fois tout remis en place, il se lève et on continu. C’est fou à quelle vitesse cet homme récupère.
On enchaîne les rappels, on avance bien. Les murs de calcaires noirs lasurés de quartz blanc sont lisses et tellement grands que l’on prend toute la mesure de nos infimes vies fragiles au milieu de ce monstre. L’humilité est le maître mot.

Les étroitures sont parfois très serrés et les rappels plutôt tortueux. C’est sûr que pour mes coéquipiers qui sont des spéléologues de haut niveau, ce n’est pas si étroit. Mais pour un canyoneur normal, c’est étroit.

Je me rappelle en novembre 2015, nous étions partis dans le Grison en Suisse pour réaliser le canyon de Segnes, V5A5VI. Un autre mythe Suisse réputé comme un des canyons le plus étroit d’Europe. J’ai fait un refus d’obstacle à l’entrée du canyon car les étroitures étaient trop extrêmes. Comme me disait un très bon ami : « La montagne sera là demain. Suis ton instinct et tout se passera bien ». Cette fois-ci, devant Gamchi, malgré les étroitures, je me disais : « tu peux y arriver, il suffit de le vouloir »
Les mono points, ces amarrages uniques pour les rappels, sont de plus ou moins bonne qualité. Ce qui est impressionnant c’est à quelle hauteur certains amarrages ont été posés. D’autres sont cachés derrière la lèvre de rappels, d’autres à 5m de haut, d’autres disparus…. Comment les ouvreurs ont-il fait pour mettre en place ces points ? Techniques d’artificiel ? Qui sait.

On arrive à la deuxième grosse difficulté, la C30 ( cascade de 30 mètres ) Il est indiqué dans le topo que l’on descend dans l’actif et qu’une fois en bas, on ne voit pas la sortie. Nous avons eu de la chance car notre débit permettait de bien nous repérer dans l’espace et voir la petite sortie, à peine large de 50m et haute de 2m. On se sent comme emprisonné dans cette vasque aux parois dépassant une centaine de mètres. On continue et fini par tomber sur le dernier rappel supposé, qui arrive dans une belle vasque, où normalement, la lumière fait une percée dans un trou 200m plus haut. Nous n’avons pas cette chance car il est déjà 19h30, la nuit est bien tombée. A cet endroit, il y a un amat de glace sur la moitié de la cascade indiquant des chutes récentes de glace. Le canyon de nouveau nous menace.

En avançant, on découvre un couloir large de 50cm à 2m avec des parois vertigineuses au dessus de nous. On se demande combien de temps cela va durer, si le canyon est fini. Puis d’un coup, le canyon s’ouvre et nous tombons sur la plaine enneigée de Gamchi. Il est 20h, on réalise que nous avons réussi ! Nous sommes épuisés car très peu dormi, pas mangé de la journée, conduit de longues heures. On ne pense qu’à une chose, le chalet qui nous attend à 1h de route.
On reste habillé en canyon jusqu’à la voiture à 20h45. La descente est périlleuse car la route est gelée. Paul et Jessica marche devant la voiture pour voir si ça passe. On les suit sur quelques lacets. Tout est ok, on rentre.

Il est 22h00, on arrive au chalet qui surplombe le lac de Thunersee, de toute beauté. Le chalet est magnifique, douillet, chaud, accueillant comme l’accueil des Suisses. On se regarde et on a du mal à comprendre ce qu’il se passe. Il y a quelques heures à peine, on était dans le ventre d’un monstre, et là nous nous retrouvons avec tout le confort de l’homme moderne.

Pas le temps de réfléchir, on fait sécher nos affaires pour le lendemain, on saute dans la douche chaude, on mange et prépare la sortie de demain. Elle n’est pas de tout repos car il s’agit de l’indomptable canyon de Trümmelbach V v5a5V. Il est 23h, extinction des feux, on a besoin de repos et récupérer après ces émotions."

Découvrez la suite et fin des aventures de Murray dans les Alpes Bernoises avec le dernier canyon Trümmelbach V. Bientôt sur le Blog des Chullis !

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